Expert en branding, Pier Tremblay (École de Design de l’Université Laval)
s’est lancé un défi: rassembler étudiants en design et jeunes
entrepreneurs. Lancer une entreprise sans avoir construit son image constitue une
grave erreur, bien souvent irréparable.

Si vous observez deux enfants nés à la même date, vous remarquerez que
leurs yeux sont de couleurs différentes, que l’un est calme alors que l’autre
est dynamique, que le premier est chétif et le second plus costaud… Bref, ces
deux bambins sont différents, ils ont leur propre identité, leur propre ADN. Il
en va de même pour les entreprises: si elles veulent évoluer, elles
doivent avoir une personnalité bien définie.

Avec ses 35 années d’expérience dans l’univers de l’entrepreneuriat,
Pier Tremblay en connaît les ficelles et secrets. Surtout lorsqu’il est
question de branding. « Le
design apporte une réelle valeur ajoutée au produit. » Dès son arrivée à
l’École de Design de l’Université Laval en 2006, l’homme se lance un défi : rapprocher
les jeunes entrepreneurs et les équipes de designers. Voici deux ans, il met
sur pied, en partenariat avec l’École, un exercice s’étalant sur une session
complète. « L’objectif est double : pour les entrepreneurs, découvrir
la valeur ajoutée du design ; pour les designers, plonger dans la réalité
professionnelle.
 »

Automatismes à développer

Tout commence par un speed dating
durant lequel les étudiants, répartis en équipes de trois, doivent trouver un
entrepreneur qu’ils accompagneront. « Jusqu’à la mi-session, ils
travailleront sur le positionnement de la marque. Quand cette stratégie aura
été évaluée par le professeur et deux professionnels, le trio va pouvoir créer
la nouvelle identité et le territoire visuel. À la fin de la session, après une
seconde évaluation, les résultats des finissants sont présentés dans une
exposition au Musée de la Civilisation (qui se tiendra cette année fin mai). Et
croyez-moi, les résultats sont époustouflants! », assure Pier
Tremblay. « Ce sont des projets très consistants, corrigés par des
professionnels. Les entrepreneurs sont ravis du résultat et comprennent
l’impact que ce travail aura sur leur développement.
 »

Quant aux étudiants, ils se rendent compte qu’ils acquièrent, grâce à
cet exercice, une expérience qui sera déterminante dans leur carrière.
« Les offres de service, les différents fournisseurs, la facture graphique,
la collecte d’informations,… : ils devront développer tous ces
automatismes s’ils veulent faire carrière.
 »

Irréparable erreur

Lancer une entreprise sans songer à son image semble, de nos jours,
difficilement imaginable. Pourtant, certains entrepreneurs préfèrent repousser
cette dépense. « Une grave erreur », selon celui qui se cache aussi
derrière
Bradroit. « Le design doit faire partie de l’idée de l’entreprise
et ce, dès le départ. »

Et le professeur de nous offrir une petite leçon de branding. Il y a, dans le développement d’une entreprise, six
éléments-clés à retenir :

– Le
positionnement : « Quelle image propose cette société ? »

– La
promesse : « Quel bénéfice-client est lié à cette image ?
 »

– L’identité
nominale : « Son nom, évidemment, un actif important dont il faut
détenir la propriété intellectuelle. »

– L’identité
visuelle : « Ça commence par un logo. Il y a des façons de faire, des
pièges à éviter. L’objectif : éviter l’obsolescence. »

– Le
territoire visuel : « On travaille avec différents codes :
couleurs, typographies, formes, ton rédactionnel, stylistique photo ou
illustrative… Le coffre à outils de la marque.
 »

– La
communication : « L’entrepreneur s’exprime au travers de diverses
pièces de communication en lien avec ses objectifs d’affaires et de
développement (son site Internet, ses cartes, ses affiches, …). »

« Il faut évidemment s’assurer que les cinq premières étapes soient
franchies avant de s’attaquer à la sixième », poursuit Pier Tremblay.
« Si ces six éléments sont respectés, tout va se tenir. On aura construit
quelque chose de performant, de cohérent. L’important pour un entrepreneur, ce
n’est pas d’avoir des concurrents, mais d’avoir une personnalité forte. Et il
vaut mieux être parfaitement prêt lorsqu’on se lance : bien souvent, dans le
milieu de l’entrepreneuriat, la deuxième chance ne se présente jamais. »