Le 17 octobre 2015, le boxeur québécois David Lemieux s’est incliné par arrêt de l’arbitre (K.-O. technique) au huitième assaut devant le Kazakh Gennady Golovkin. Même s’il a été surclassé sur tous les plans, David Lemieux et son entraîneur, Marc Ramsey, ont critiqué ouvertement le travail de l’arbitre. Voici deux extraits d’entrevues réalisées après l’affrontement : « C’est un bon boxeur, mais je sentais dans les derniers rounds que son tempo commençait à baisser. J’aurais pu faire plus si l’arbitre n’avait pas arrêté le combat. » – David Lemieux

« L’arbitre en a vraiment manqué une là-dessus : je pense que tout le monde l’a vu au cinquième round, David s’est fait frapper avec un genou au sol, sans garde, en plein sur le menton. Même si on ne dominait pas, je sentais le respect de Gennady Golovkin et je sentais que David pouvait être menaçant. » – Marc Ramsay

Le biais d’autocomplaisance

Dans une étude classique, les chercheurs Lau et Russell ont analysé les commentaires d’après-match recueillis auprès de membres d’équipes professionnelles américaines. Ils ont constaté que, la majorité du temps, les joueurs et les entraîneurs attribuent leurs succès à des facteurs personnels tels que le talent, les habiletés et l’effort déployé. Toutefois, pour justifier des résultats décevants, ils évoquent plutôt des raisons comme les blessures, la mauvaise température et l’arbitrage.

Le biais d’autocomplaisance n’est pas observé uniquement dans le domaine sportif. En vue de préserver une image positive de soi, les gens ont naturellement tendance à s’attribuer le crédit de leurs réussites et à identifier des facteurs externes pour expliquer leurs échecs. Par exemple, un étudiant attribuera un bon résultat à un examen à sa préparation alors qu’il critiquera la difficulté du test en situation d’échec. En réagissant ainsi, la confiance des gens en leurs propres capacités n’est pas ébranlée.

L’attribution des échecs en finance

Les professionnels de la finance font régulièrement des prédictions concernant la direction future du prix d’instruments financiers, comme les indices boursiers, les titres cotés en bourse, les obligations et les commodités. Le risque d’erreur est bien réel; ces prévisions peuvent se réaliser ou non. Lorsque des investissements se révèlent perdants, plusieurs tendent à identifier des facteurs explicatifs qui sont hors de leur contrôle. Voici quelques commentaires typiques:

« Si la Réserve fédérale américaine avait relevé ses taux d’intérêt, mon scénario optimiste pour les actions de compagnies d’assurance se serait concrétisé. »

« Ce n’est pas de ma faute, le marché boursier est manipulé par les robots traders (trading haute fréquence). »

« J’ai failli avoir raison pour ma prévision d’un cours boursier plus bas pour l’action XYZ. Toutefois, un analyste financier a émis une recommandation d’achat et, par le fait même, a provoqué un mouvement haussier pour le titre XYZ. »

« Appréciez d’échouer, et apprenez de l’échec, car on n’apprend rien de ses succès. » – James Dyson

Étant donné le caractère aléatoire du marché boursier, il faut accepter le fait que les échecs sont inévitables. Peu importe le type d’analyse utilisé (fondamentale, technique, quantitative), il est important d’assumer pleinement le résultat de ses prédictions ou de ses conseils. Lorsque confronté à une situation d’échec, plutôt que de blâmer des facteurs externes, il peut être bénéfique de tenter de tirer des leçons de l’expérience, car l’échec représente une excellente occasion d’apprentissage.

Source

Richard R. Lau & Dan Russell, Attributions in the Sports Pages, Journal of Personality and Social Psychology, Vol.39, No. 1, 29-38, 1980.