Débordant de contenu sur des dizaines de secteurs d’activités, cette édition se concentre sur le leadership et met en valeur des entreprises meneuses de file dans leur marché. C’est avec plaisir que nous vous offrons un avant-goût de l’article vedette de cette inspirante édition. Vous pouvez également télécharger une version numérique gratuitement jusqu’au 25 avril 2016.

Nicolas Chrétien de Crakmedia – L’audace de conquérir le monde

Par Louis-Philippe Boulianne

En regardant la centaine d’employés affairés devant leurs écrans, difficile d’imaginer que l’histoire qui a mené cette compagnie vers des bureaux aux allures de Silicon Valley a débuté avec 50 Japonais dans une cabine téléphonique. C’est pourtant ce qu’explique Nicolas Chrétien, cofondateur et PDG de Crakmedia : « Une affaire qui n’avait pas d’allure », commente-t-il, le sourire aux lèvres. Le court vidéo, publié tout d’abord sur le site fondé par M. Chrétien et ses amis, puis partagé à tout vent sur des forums partout sur la planète est le tout premier buzz de l’entreprise.

En effet — bien des années avant l’apparition de YouTube, Facebook et Twitter —, Nicolas Chrétien et ses colocs, Xavier Farooghi et Frederic Hains, ont bâti leur succès sur ce que nous appelons maintenant les vidéos viraux. Pionnier du web à Québec, Crakmedia est maintenant un leader mondial dans la monétisation du trafic Internet.

Grâce à l’initiative de Nicolas Chrétien, l’entreprise a vu son chiffre d’affaires exploser de plus de 3000 % durant les 5 dernières années et continue de prendre de l’expansion. Or, la compagnie, née dans un loft de la haute-ville de Québec après l’explosion de la première bulle technologique, a failli ne jamais voir le jour.

Rencontre avec un entrepreneur qui a harnaché la puissance du web avant tout le monde.

Cliquez ici pour télécharger l’édition «Leaders du changement» gratuitement jusqu’au 25

 

Nicolas Chrétien, CEO Crakmedia

 

L’ère des « Kraft Dinner »

 

Au début du nouveau millénaire, Nicolas Chrétien est un oiseau de nuit. Il a quitté ses études en programmation quelques années plus tôt pour un stage au gouvernement dont il a pu bénéficier grâce à son grand-oncle, le premier ministre du Canada ; Jean Chrétien. Le stage le passionnant aussi peu que ses études, il revient à Québec vivre avec des amis et devient rapidement gérant de bar et promoteur d’événements. Il touche à tout, apprend la gestion et la publicité. « J’étais créatif et j’avais le flair en marketing […] J’ai fait les affiches et le premier site web ; c’était le moment », se souvient-il.

Après deux ans dans les bars, il revient à l’informatique. Par l’entremise d’un programme gouvernemental d’aide à l’emploi, il entend parler d’un tout nouveau cours de webmestre.

Quelques mois plus tard, son diplôme en poche, il se met à créer des sites Web. Les contrats ne tardent pas à arriver. Il déménage avec son ami Frédéric Hains, toujours actionnaire de Crakmedia aujourd’hui. Les deux amis vivent ensemble dans un appartement faisant également office de bureau. Partout, des composantes informatiques et des ordinateurs éventrés montrent que les deux amis vivent de leur passion.

Sautant d’un projet à l’autre, les jeunes hommes touchent à tout : « On essayait tout ce qu’on pouvait pour faire de l’argent par nous-mêmes parce qu’on avait décidé de devenir entrepreneurs ».

De l’aveu même de M. Chrétien, avec des bases plus ou moins solides et sans financement, ces premiers essais entrepreneuriaux étaient peu fructueux. « C’était l’ère des “Kraft Dinner” », se souvient-il, curieusement nostalgique. Les deux amis sont toutefois têtus, persévèrent. La liberté que leur apporte leur petite entreprise a un grand impact sur eux. Les premiers contrats importants les stimulent. Ils continuent.

L’objectif de Nicolas Chrétien et de sa « gang » n’est toutefois pas vraiment financier. Les amis s’amusent, apprennent et échangent.

« C’était le début et c’était facile, on avait une connaissance qui n’était pas partagée par des centaines de personnes », explique-t-il. Ils envisagent même de créer une coopérative de travail qui prendrait la forme d’un café Internet où Nicolas et ses amis pourraient vendre du matériel informatique et créer des sites. Le projet tombe à l’eau, faute d’un permis de la Ville de Québec.

Au lieu de créer une entreprise à portée internationale, Nicolas Chrétien aurait alors dirigé un petit commerce local avec peu de perspective de développement. Se souvenant de cette idée, il ne peut s’empêcher de réfléchir à l’impact que ce projet aurait eu sur sa vie. « Ça fait penser à l’effet papillon », confie-t-il.

Un important contrat pour Informatique Mercier amène un nouveau partenaire dans l’aventure. Les deux amis demandent l’aide de Xavier Farooghi afin de mettre de l’ordre dans la base de données de l’entreprise informatique. Son implication dans le projet le rapproche rapidement du duo. Quelques semaines plus tard, il emménage avec les deux amis.

Les courtiers de Web Street

En 2004, le trio prend l’habitude de se raconter des blagues trouvées sur la toile. L’idée leur est rapidement venue de créer eux-mêmes une plateforme où publier et échanger du contenu cocasse. Y ayant bien entendu mis des publicités Google Adsense, le site a tout de suite représenté une petite source de revenus pour la bande. « On faisait 20 $ puis on a essayé de faire 50 $. C’était tout d’abord de l’argent pour la bière, puis pour payer le câble », se souvient Nicolas. Rapidement, l’entreprise paie Frédéric deux heures par jour pour dénicher les choses drôles sur le Net et les republier.

Viennent ensuite les fameux 50 Japonais dans une cabine téléphonique, une vidéo publiée sur un de leur site et rapidement reprise par un forum néerlandais. En une journée, la vidéo est vue 35 000 fois, un chiffre énorme à l’ère pré-Facebook. Le serveur est rapidement saturé, mais les revenus publicitaires s’élèvent à 500 $. Cette journée-là, c’est le déclic.

Nicolas, qui vient de se trouver un emploi pour compléter son revenu, le quitte immédiatement. Rapidement, le groupe comprend le potentiel du projet: ce qui servait à peine à payer la bière du vendredi soir devient alors leur principale source de revenus. Ils dénichent les vidéos qu’ils imaginent devenir virales, les publient sur leur site et les partagent ensuite sur les forums fréquentés par des étudiants. Ce mois-là, les revenus publicitaires de leur site s’élèvent à 24 000 $. Les amis jubilent, convaincus d’avoir déniché la poule aux œufs d’or !

Ils déchantent toutefois au moment où arrive la facture de leur bande passante. Tout ce trafic leur a coûté 30 000 $ de serveurs. « C’était un beau rêve, mais là on devait 6 000 $ à une compagnie », se souvient Nicolas. Il apprendra à négocier sa bande passante et — malgré cette première ratée — la monétisation du trafic de leurs sites devient le moteur d’une entreprise qui demande de plus en plus d’attention.

Le rêve se poursuit jusqu’à l’arrivée d’un joueur qui force les jeunes entrepreneurs à revoir rapidement leur modèle d’affaires. À la fin de 2005, YouTube fait son apparition et commence à centraliser toutes les vidéos du Web, privant de visites, mais surtout de revenus, la petite entreprise de Nicolas et Xavier.

Ils attirent néanmoins l’intérêt du richissime Brad Greenspan qui, après avoir vendu MySpace, s’intéresse désormais aux services de vidéos en ligne.

Le multimillionnaire approche les deux entrepreneurs et leur fait une proposition difficile à refuser : 250 000 $ pour leur entreprise. C’est à y réfléchir à deux fois pour des jeunes comme Nicolas et Xavier. La compagnie fonctionne, mais ils sont toujours loin d’être riches : « Je n’avais jamais d’argent », confie Nicolas. « On roulait avec l’argent qui rentrait au mois le mois pour payer nos serveurs ».

Ils refusent finalement l’offre d’achat, refroidis par la clause de non-concurrence qui les empêche de fonder une compagnie similaire. « Si pour deux ans on ne peut plus faire ce qu’on sait faire, bien on se fait avoir », explique M. Chrétien.

Plutôt que de se replier, ils décident de prendre de l’expansion et d’investir tout l’argent qu’ils gagnent pour améliorer leurs sites. Des dizaines de milliers de dollars sont investis pour les moderniser, ajouter des sections commentaires et des systèmes de votation. Le marché a cependant changé et YouTube  repose sur un capital monstrueux pour assurer son développement. Crakmedia est une souris  en face de l’éléphant qu’est YouTube. Après cet échec, Nicolas et Xavier décident de se tourner vers un marché où ils sont eux-mêmes des éléphants : la monétisation du trafic.

« On s’est rendu compte que notre force c’était de gérer la vente de publicités sur notre site. On a commencé à vendre directement plutôt que de passer par Adsense. Tous les autres dans notre situation n’avaient pas de solution pour monétiser leur trafic », explique Nicolas. Plutôt que de continuer à créer des sites de génération de trafic, les deux entrepreneurs louent un local et attaquent de front le domaine de la monétisation du trafic.

[Extrait de « Nicolas Chrétien, L’Audace de conquérir le monde », Magazine Guide Entrepreneur]

Cliquez ici pour télécharger l’édition «Leaders du changement» gratuitement jusqu’au 25