Le 4 janvier 2016, en début d’après-midi, les transactions ont été suspendues jusqu’au lendemain pour le CSI 300, l’indice de référence chinois qui reflète la performance de 300 actions de grande capitalisation qui s’échangent sur les bourses de Shanghai et de Shenzhen. Adoptée par la Commission chinoise de réglementation des valeurs mobilières en septembre 2015, cette mesure vise à diminuer les fluctuations boursières extrêmes, tant à la baisse qu’à la hausse, permettant ainsi aux investisseurs de retrouver leur calme avant d’initier leurs transactions. Ainsi, lorsque l’indice CSI 300 augmente ou baisse de 5% par rapport au prix de clôture de la veille, les opérations cessent pour une période de 15 minutes. Advenant que l’amplitude du mouvement boursier soit de 7%, un arrêt des transactions est imposé pour le reste de la journée.

L’arrêt de la négociation, un mécanisme efficace?

À la suite du lundi noir de 1987 (l’indice Dow Jones Industrial Average a alors perdu 22,6%), la Commission Brady a eu le mandat de déterminer les facteurs responsables du krach et de formuler des recommandations pour empêcher que ce type d’événement ne se reproduise dans le futur. Parmi celles-ci figure le recours à un arrêt automatique des transactions lorsque l’indice de référence chute considérablement (ex. : une pause d’une heure si l’indice perd un certain nombre de points). Depuis l’entrée en vigueur de cette mesure en 1988, il n’y a eu qu’un seul épisode d’arrêt transactionnel pour le Dow Jones Industrial Average (le 27 octobre 1997) et, par le fait même, il est difficile d’évaluer son efficacité sur le marché américain.

D’après Mme Lucy F. Ackert, professeure de finance au Coles College of Business, les études portant sur d’autres marchés boursiers ont révélé des résultats mixtes en ce qui concerne l’efficacité de ce mécanisme. Par exemple, les chercheurs Kim, Yague et Yang ont constaté une meilleure liquidité à la suite d’un arrêt des transactions pour le marché boursier espagnol. En revanche, les chercheurs Henke et Voronkova ont observé une augmentation de la volatilité après une interruption des opérations pour la bourse principale de Pologne.

Le marché chinois, un cas particulier

À la suite de la débâcle boursière du CSI 300 le 4 janvier 2016, les médias financiers ont anticipé une journée sombre pour les marchés boursiers nord-américains. Toutefois, ces derniers ont bien fait dans les circonstances (S&P TSX, -0,64%, S&P 500, -1,53%).

Deux raisons peuvent expliquer ces résultats. Premièrement, le marché chinois semble peu influencer les marchés en Amérique du Nord. À titre d’exemple, durant l’été 2015, le CSI 300 a perdu plus de 40%, mais l’effet de contagion a été limité. D’ailleurs, le S&P 500 a enregistré un sommet historique en juillet.

Deuxièmement, le CSI 300 est plus volatile que le S&P 500. Entre mai et août 2015, la variation journalière du CSI 300 a été d’au moins 5% à 10 reprises et de 7% lors de 4 séances. Il est donc courant de voir de fortes fluctuations boursières en Chine. En effet, la structure des participants y est différente. Selon M. Andrew Sullivan, directeur chez Haitong International Securities Group à Hong Kong, les particuliers représentent plus de 80% de l’activité boursière en Chine, ce qui explique cette plus forte volatilité. En Amérique du Nord, le marché est plus sophistiqué avec une présence marquée des investisseurs institutionnels (fonds mutuels, caisses de retraite, compagnies d’assurance, banques), diminuant ainsi la probabilité de journées à fortes amplitudes boursières. D’après la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis, ce groupe de participants détient 73% des actions des 1000 plus grandes compagnies américaines.

En somme, récemment, la forte volatilité du marché chinois n’a pas été problématique pour les marchés nord-américains. Néanmoins, la prudence est de mise. Effectivement, il est encore trop tôt pour évaluer les impacts de cette nouvelle réglementation en Chine ainsi que ses répercussions sur les indices S&P TSX et S&P 500.

Sources

Harald Henke, Svitlana Voronkova, Price Limits on a Call Auction Markets: Evidence from the Warsaw Stock Exchange, International Review of Economics and Finance 14 (4), 439-453, 2005.

Kyoungwha Kim, China Halts Stock Trading After 7% Rout Triggers Circuit Breaker, Bloomberg, January 3, 2016.

Lucy F. Ackert, The Impact of Circuit Breakers on Market Outcomes, Government Office for Science, Foresight Project, September, 2012.

Luis A. Aguilar, Institutional Investors: Power and Responsibility, U.S. Securities and Exchange Commission, April 19, 2013.

Yong Kim, Jose Yague & Jimmy Yang, Relative Performance of Trading Halts and Price Limits: Evidence From the Spanish Stock Exchange. International Review of Economics and Finance 17, 197-215, 2008.

Zhang Yu, Liu Caiping, Stock Exchanges set to get Circuit Breaker Mechanism, Caixin Onling, September 8, 2015.