Les
immigrants ont plus la fibre entrepreneuriale que les Québécois de souche. Mais
pour ces nouveaux arrivants, l’aventure prend bien souvent l’allure d’un
véritable parcours du combattant. Reconnaissance des diplômes, réseautage,
différences culturelles, …, peuvent freiner leur motivation. Pour les aider,
un néo-Québécois rêve de créer une plateforme de référence.

Dans
sa dernière mouture, l’Indice Entrepreneurial Québécois (
IEQ) confirmait que l’intérêt
des individus pour l’activité entrepreneuriale était en forte corrélation avec
deux variables : provenir d’une famille œuvrant dans le monde des affaires
et être issu de l’immigration. Dans l’échantillon qu’il avait analysé, l’IEQ comptait 11%
d’immigrants. Mais parmi ce même échantillon, 18,5% des répondants affichant
des ambitions entrepreneuriales étaient issus de l’immigration.

« Quand
ils débarquent ici, les immigrants ont une force de caractère et une motivation
assez exceptionnelles. C’est sans doute ce qui les aide à fonder une entreprise
et, dans bien des cas, à aller jusqu’au bout », estime le notaire
Mathias Poret, qui
s’intéresse à ce dossier depuis déjà plusieurs années.

Administration, diplôme, crédit

Mais
tout n’est pas rose pour ces entrepreneurs venus d’ailleurs. Le principal
obstacle est évidemment administratif. Ce n’est pas parce que vous souhaitez immigrer que le Québec ou le Canada vous accueilleront. 

Lorsqu’ils
déposent leur dossier, les candidats doivent s’inscrire dans l’une des trois
catégories suivantes : immigration économique, regroupement familial et
réfugiés. En 2014, parmi les 50 275 immigrants admis au Québec, près de 33 500
appartenaient au premier bloc, soit deux tiers des nouveaux arrivants. Au sein
de cette catégorie économique, on note une grande majorité de travailleurs
qualifiés (86,7%), des investisseurs (11%), des travailleurs autonomes (0,3%)
et des entrepreneurs (0,4%). « Le statut adéquat pour débuter son
entreprise, c’est la résidence permanente mais la catégorie
choisie importe peu : vous pouvez toujours devenir entrepreneur une fois installé
ici. »

D’autres
difficultés attendent les entrepreneurs immigrants. « Il y a évidemment la
reconnaissance de leurs diplômes », poursuit Mathias Poret, lui-même né de
l’autre côté de l’océan, en France. « Dans beaucoup de domaines, il faut
également être reconnu par un ordre professionnel, comme pour les dentistes,
les notaires, … »

Autre
obstacle de taille : le réseau. « Pour réussir en affaires, il faut
des contacts, des clients potentiels. Et pour que le réseautage soit
réussi, il faut fréquenter les 5@7, les déjeuners d’affaires, les réunions des
chambres de commerce… Il faut connaître des gens et se faire connaître. Au
Québec, il n’y a pas de petites rencontres ni de petites connaissances. On ne peut
pas arriver avec ses gros sabots et affirmer que « Dans mon pays, on
faisait ça comme ça… ». C’est à l’entrepreneur immigrant de s’adapter aux
règles du marché. Ici, on fait des affaires ‘à l’américaine’ : si on
échoue, on se relève et on recommence autre chose. Un choc pour certains
arrivants. »

L’aspect
financier, enfin, peut perturber les néo-Québécois. Et en particulier
l’historique de crédit. « Cet historique va être primordial pour celui qui
voudra lancer son entreprise mais la plupart des immigrants ne saisissent pas
vraiment son importance. »

Des réponses en amont

Malgré
ces obstacles, les nouveaux arrivants sont nombreux à tenter l’aventure
entrepreneuriale. S’ils pourront souvent compter sur le soutien de leur communauté
d’origine, ils pourront également obtenir l’aide et la collaboration des
entrepreneurs nés au Québec. « L’immigrant apporte son savoir-faire, ses
techniques. C’est une plus-value pour les entrepreneurs québécois et nombre
d’entre eux l’ont bien compris », insiste Me Poret. « Ils savent
qu’en faisant affaire avec eux, ils vont augmenter leurs domaines de
connaissances et s’enrichir. »

Avec
un comparse installé en France, Mathias Poret souhaite mettre prochainement sur pied une
plateforme de référence pour les immigrants, qui recenserait les différents
obstacles et sur laquelle ils trouveraient toutes les réponses à leurs
inévitables questions. « S’ils sont conscients, dès le début, de ces
difficultés (diplômes, crédit,…), cela leur permettra de préparer leur
immigration depuis leur pays d’origine, de ne pas se retrouver le bec dans
l’eau à leur arrivée et de vivre en toute quiétude leur rêve américain. Enfin …
leur rêve québécois ! »