Qu’ils
soient acteurs, réalisateurs ou scénaristes, les professionnels de la scène ne
peuvent espérer réussir sans avoir l’esprit entrepreneurial. À l’École de
Cinéma et de Télévision de Québec, les termes « budget » et
« contrat » s’invitent d’ailleurs souvent dans les discussions et
séances de cours.

Madame
anime des émissions qui rencontrent des succès phénoménaux et a lancé un
magazine à son nom, Monsieur est producteur et scénarise notamment les Bye-Bye
de fin d’année. Et le médiatique couple se retrouve depuis peu sur les planches
pour faire rire des salles combles. Leurs noms ? Véronique Cloutier et
Louis Morissette, évidemment. Le couple-phare de la scène télévisuelle et
artistique québécoise est inévitable et incontournable. Mais derrière ces deux
créateurs se cache un efficace duo d’entrepreneurs.

« Ce
sont deux vraies vedettes mais ce sont aussi de redoutables personnalités
d’affaires. Même si je ne suis pas certaine que le public s’en rende vraiment
compte », glisse Marie-Eve Mercier, vice-présidente et directrice-générale
de l’École de Cinéma et de Télévision de Québec (
ECTQ).

Réseau, image, comptabilité…

Réussir
une carrière artistique sans avoir la fibre entrepreneuriale semble, de nos
jours, extrêmement complexe. S’ils veulent décrocher des contrats, les
comédiens, producteurs, techniciens, …, doivent bâtir leur réseau, vendre leurs
connaissances et travailler leur image. Ils doivent également développer des
compétences obscures à leurs yeux, comme par exemple la comptabilité. « Quand
vous additionnez tous ces aspects, vous obtenez de véritables
entrepreneurs », résume Marie-Eve Mercier.

En
début de carrière, les aspirants cinéastes, les futurs acteurs et les monteurs de demain rêvent pourtant de
plateaux de tournage et de défis créatifs, pas de livres de compte, de réunions
administratives ou d’analyses de marché. « Lorsqu’on commence, on sait
qu’on ne sera jamais l’employé de quelqu’un, on sait qu’on aura une carrière
qui nous sera propre mais c’est à peu près tout », confirme Martin Matte,
réalisateur et scénariste depuis 30 ans. L’homme donne l’exemple du premier
gros cachet reçu. « Lorsque vous avez une vingtaine d’années, c’est une
somme qui vous semble phénoménale. Mais après avoir retiré les impôts et
remboursé différents frais, il vous reste nettement moins. La gestion de ces
premiers cachets, ça s’apprend. »

Une faiblesse fatale

Professeur
à l’ECTQ, Martin Matte cherche à ouvrir les yeux de ses élèves au moyen d’un
exercice des plus simples : il leur demande de préparer un scénario de
publicité en respectant un budget bien précis. « Mon objectif n’est pas
d’en faire des experts de la finance mais bien de les pousser à réaliser que
leurs idées et leurs concepts auront un impact sur le coût. Les contraintes
budgétaires deviennent un stimulant artistique, font partie du défi.
Dans notre métier, seule l’idée ne coûte rien ! »

Lorsque
vient le temps de faire les comptes, certains réalisent qu’ils ont eu une idée
brillante mais que sa mise en œuvre fut bien trop dispendieuse. D’autres vont
avoir tendance à sous-évaluer leur travail. Durant ces exercices, une portion
des élèves va se découvrir un incroyable talent, d’autres une véritable
faiblesse.

Cette
faiblesse peut parfois s’avérer fatale et pousser le jeune à baisser les bras.
« Souvent, ce sont les gens timides et réservés qui, au début de leur
carrière, vont se rendre compte que c’est un milieu dans lequel il y a une
importante compétition », analyse la directrice de l’École. « Être
bon sur la scène ou derrière la caméra n’est pas suffisant : on existe
également par les contrats qu’on décroche, par la manière dont on gère sa
carrière. »

Le modèle Lepage

Si
tous ne sont pas des entrepreneurs-nés, nombreux sont ceux qui vont apprendre à
le devenir. Martin Matte, par exemple, confie qu’il détestait les chiffres. « Je
n’étais tout simplement pas habile du tout avec ça. Mais j’ai appris à bien m’entourer
et ce faisant, j’ai commencé à m’y intéresser. »

Pour
le professeur de l’ECTQ, le mariage parfait entre l’homme d’affaires et le
créateur artistique existe. « Robert Lepage ! Il a compris que pour
réussir, il fallait être un artiste créatif et innovateur tout en étant capable
de se vendre comme un nom. Il est aujourd’hui une véritable institution. Mais on ne devient
pas tous des Robert Lepage… »

Crédit : site web École de Cinéma et Télévision de Québec