Spécialisée dans le marché du vin, l’agence
de marketing québécoise Ezi gère tout l’aspect visuel, de l’étiquette au site Internet.
Si elle espère prendre de l’ampleur en s’ouvrant notamment davantage au secteur
alimentaire, l’entreprise entend respecter son credo : simplicité,
rapidité, efficacité.

Deux
enfants. Deux grands enfants. Dans leurs studios installés au cœur du quartier
Saint-Roch, Patrick Plourde et Philippe Desmarais s’amusent. Griffonnent. Créent.
Et dégustent du vin. « La belle vie, hein ? », lance, dans un
éclat de rire, Philippe, président de l’agence Ezi (prononcez easy). « On fait ce qu’on aime, on
aime ce qu’on fait », résume Patrick, vice-président et directeur création
de cette boîte qui n’a définitivement rien d’une agence de publicité classique.

Le
duo s’est formé voici vingt ans sur les bancs du département de communication
de l’Université Laval. « Nous étions en option graphique », reprend
Patrick. « C’est là qu’on nous a fait comprendre l’importance du coup de
crayon. On appartient à cette génération qui dessine encore à la main.
L’ordinateur, c’est pratique, mais il manque le feeling. Le dessin, c’est rapide, efficace. En quelques minutes, on
peut donner au client une idée précise, concrète. »

Se spécialiser, ne pas s’éparpiller

En
parfaits bons vivants, les deux hommes ont décidé de se consacrer aux plaisirs
de la table. Et plus particulièrement au vin : 90% du chiffre d’affaires
d’Ezi provient de ce marché particulier. « Risqué car trop restreint ?
C’est exactement l’inverse », glisse Philippe Desmarais. « On s’est
spécialisé dans notre domaine. Et croyez-moi, ça vaut mieux que de
s’éparpiller. On a compris que pour être bons dans la mise en marché du vin, il
fallait travailler avec des professionnels. On va donc aux meetings avec des goûteurs, qui nous disent si le vin plaira aux
consommateurs québécois. C’est après qu’on intervient… »

Les
équipes d’Ezi (six employés et quelques pigistes) touchent à toute la création
visuelle, de l’étiquette aux sites Internet en passant par les outils
promotionnels utilisés lors d’événements. « Il y a beaucoup de compétition
dans le monde vinicole. La solution, c’est de sortir le vin de la tablette. Et
qu’on le veuille ou non, la première impression qu’aura le client à l’épicerie
ou la SAQ, la première étape, c’est l’étiquette. Si elle parle au client, c’est
gagnant. Le goût, ça passe en second lieu, une fois que la bouteille est
débouchée », rappelle Philippe.

International et local

Le
Québec, cinquième marché au monde, consomme beaucoup de vin, mais en produit
très peu. Les crus provenant de vignobles français, sud-africains, américains,
etc, se retrouvent donc sur les étagères québécoises. « Mais en débarquant
ici, le producteur doit adapter son image, son message s’il veut réussir à
s’implanter », poursuit le président, en charge notamment de la stratégie et du
développement. Et de donner l’exemple du Rapsani, un vin grec qui n’aurait sans
doute pu percer le marché québécois si Ezi ne lui avait pas donné une identité
… italienne, appréciée des consommateurs locaux.

De
petits vignobles de la région font aussi appel aux services de l’agence
québécoise. Le défi est alors de « professionnaliser » le produit, de
lui donner l’allure d’une bouteille sortant d’une grande cave. Au premier
abord, les clients sont parfois dubitatifs. « Mais en quelques esquisses, en
quelques coups de crayon, on parvient à leur faire comprendre pourquoi notre
intervention est indispensable. Nous sommes des artisans qui s’adressent à
d’autres artisans. Ça aide énormément », affirme Patrick tout en faisant
défiler les dizaines d’étiquettes relookées par ses soins. « Notre
expérience fait le reste : tu nous amènes un style de vin, on est capable
de le reproduire graphiquement, de lui donner une image. »

Bien installés à Québec

Si
les deux entrepreneurs se sont longtemps contentés du bouche-à-oreille pour se
constituer une clientèle, ils ont actuellement une forte envie de se développer
: des bureaux à New York et Paris, les marchés des spiritueux ou des huiles,
voire celui du sirop d’érable. « On vient aussi de signer un contrat avec
une fromagerie. On voudrait se renforcer au niveau de l’alimentaire. On y
appliquera la même philosophie que pour le vin : simplicité, rapidité,
efficacité et connaissance du marché », assure Philippe Desmarais.

Même
si leur société devait prendre du volume, le duo promet de rester à Québec.
« Pour les taxes aux entreprises et l’incomparable qualité de vie. »
Dans son divan, Ezi, magnifique dogue argentin et véritable mascotte, pousse un
profond soupir. Le dynamisme et les projets de ses maîtres semblent totalement
la dépasser.