Marc Boilard, l’entrepreneur fonceur

Marc Boilard, l’entrepreneur fonceur

Avocat, gérant d’artistes, conférencier, auteur, entrepreneur-web,
Marc Boilard est un touche-à-tout. Ses secrets : savoir s’entourer, garder
du temps pour soi et ne pas en perdre sur de petits détails.
 

Guide Entrepreneur : Comment résumer Marc Boilard en
un mot, en un métier?

Marc Boilard :
Je n’ai pas un seul titre. Tout dépend de l’œil de la personne qui me regarde.
Le point commun, c’est que dans chacune de mes expériences, il y a toujours un
axe entrepreneurial. Moi, je me qualifierais tout simplement d’expert en
communication.

Cette diversité, la recherchiez-vous ou l’espériez-vous
au début de votre carrière?

Longtemps, mon
moteur a été de faire ce qui me tentait. Au début de la trentaine, j’ai décidé
que ma carrière serait celle de quelqu’un qui a choisi de ne pas choisir. La
réalisation dont je suis le plus fier en tant qu’entrepreneur, c’est quand je
me suis autoproduit en spectacle en France. Je suis le seul ici, au Québec, à
avoir réalisé ça ainsi, sans aucune aide. Si je veux qu’un projet ait lieu, je
fonce, je ferai tout pour y parvenir.

Y a-t-il un point commun entre vos diverses carrières?

Le choix délibéré
de dire que personne ne définit à ma place ce qui est possible ou non.

Diversifier sa carrière, serait-ce donc le secret d’un bon
entrepreneur?

Attention, ce que
je viens de dire ne convient pas à tout le monde. Cette démarche me ressemble. J’aurais
pu avoir une carrière linéaire, devenir avocat ou être bien installé dans un
média, mais j’ai refusé. Ton profil entrepreneurial doit te ressembler. Si tu as
le goût de toucher à différents sujets, parfait : attends-toi à des
zigzags avant d’atteindre les sommets. Si par contre tu veux mettre tous tes
œufs dans le même panier, pas de souci. L’essentiel, c’est de savoir ce que tu
veux dès le départ.

Comment expliquer le succès de monclasseur.com, l’une de
vos principales réalisations?

Ce qui fait souvent
la différence, c’est la qualité des gens auxquels on est associé. J’ai croisé
des gens qui avaient de très bonnes idées, mais qui ne concrétisaient rien car
ils n’avaient pas fait les bonnes rencontres. Il y a aussi, dans tout succès, une
part de hasard. Mais on peut le provoquer, ce hasard. À l’époque, j’intervenais
en télé et j’ai été approché par deux gars qui voulaient que je m’implique dans
leur site. J’avais toujours eu envie d’être derrière un site de rencontres, dès
les débuts d’Internet, mais je voulais un site original, différent. Tout
concordait. Le succès, c’est la réunion de gens complémentaires, mais qui
s’entendent bien.

L’aventure monclasseur.com a débuté en 2004. Où en est le
projet aujourd’hui?

Le site roule un
peu tout seul. L’arrivée d’autres sites du même genre a fait que l’affluence a
légèrement diminué. On a environ 15 000 visiteurs uniques et près de 10
millions de pages vues par mois. La moyenne d’âge a augmenté par rapport aux
débuts et tourne autour de 30 ans.

Quel regard portez-vous sur cette entreprise?

Ce qui est
fascinant et dommage à la fois, c’est que comme ce site touche à la sphère
privée, il est très rare qu’on m’en parle sérieusement, qu’on considère ça
comme une vraie business, avec des ventes, des achats et des décisions
importantes. Pourtant, grâce à ce site, j’ai développé de nombreuses habiletés,
comme la publicité ou la gestion de communautés.

Si ce site « roule tout seul », quels sont
vos autres projets?

J’ai sorti un essai
voici peu. Son titre, « L’important, c’est ce que les autres
pensent », en dit long. Je rédige un autre livre actuellement, qui devrait
être publié à l’automne prochain. Le titre sera « Soyez
compris » : c’est comme un manuel, avec un aspect très théorique, mais
qui s’adresse à tous.

D’autres défis?

Je fais toujours de
la radio, sur Énergie depuis août, et j’espère toujours obtenir ma propre
émission. J’ai aussi un nouveau projet entrepreneurial : je suis tombé sur
trois Parisiens, qui sont derrière
Zepresenters et offrent des conseils et des
formations sur l’art de se présenter. Je les ai approchés et ça a cliqué. Je
voudrais lancer Zepresenters au Québec, être leur aile nord-américaine. Tout
devrait être officialisé rapidement.

Si ce n’est pas encore officiel, il vaut peut-être mieux
que je n’en parle pas…

Pas du tout, fonce!
Dans mon dernier livre, j’explique que la transparence est toujours payante.
Parler uniquement lorsque quelque chose est confirmé, c’est bien souvent une
grave erreur. Et puis, c’est en en parlant qu’on va peut-être convaincre
d’autres personnes d’embarquer dans l’aventure.

Vous êtes souvent en contact avec la France. Voyez-vous
une différence dans la conception de l’entrepreneuriat par rapport au Québec?

Mon expérience et
mon échantillon ne sont peut-être pas suffisants, mais mon feeling, c’est qu’à Paris, vous vous retrouvez face à une double
clientèle. Il y a tout d’abord l’ancienne gang,
qui parle de ses droits acquis, des conditions de travail, qui calcule. On nage
en plein stéréotype. Et puis il y a le Paris déchaîné, la ville magique où tout
est possible, ces gens qui en arrachent, qui vous sortent une idée après
l’autre, peut-être encore plus rapidement qu’ici.

Un de vos livres s’intitulait « Moi, si j’étais une
fille… ». Si vous étiez une femme, auriez-vous pu faire la carrière que
vous avez faite, aussi intense, aussi variée?

Ouf…
Toute une question, ça! Même si le monde des affaires reste encore un
monde d’hommes, bien qu’en mutation vers un monde asexué, j’aurais foncé tête
baissée parce que rien n’est pire qu’un projet qui n’a même pas eu la chance de
naître.

Si on veut une carrière aussi remplie, peut-on espérer
garder de la place pour une vie privée?

J’ai réussi à faire
ma carrière tout en ayant du temps pour moi. Je suis plus riche en temps qu’en
argent. Tu connais la loi de Pareto? On place généralement 80% de notre
énergie sur les 20% qui font la différence. Moi, j’ai choisi de faire
l’inverse.

Vous n’êtes donc pas un perfectionniste…

Je suis en guerre
ouverte contre le perfectionnisme. Si tu connais un entrepreneur perfectionniste,
n’hésite pas à me le présenter. Si t’es constamment dans les petits détails, tu
n’es pas un entrepreneur, tu es un administrateur.


(Crédit photo Jimmy Hamelin)



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